6. Mon futur du passé, reprise.


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Retrouvez la présentation et la liste des chapitres de Recolore mon monde sur cette page: Recolore mon monde.

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Je n’ai pas pu finir la lettre que je t’écrivais la dernière fois. Je me suis endormie sur les derniers mots. Et puis… j’ai encore rêvé de toi.

On rangeait des affaires dans une vieille grange, je ne crois même pas qu’elle existe, quelque part. Non, ce lieu n’existe pas, j’en suis sûre. Il y avait un grand noyer, juste devant la maison, ce devait être la fin de l’été, le début de l’automne, peut-être, quelque chose me fait le ressentir. C’était une saison qui n’existe pas ici. Tu t’étais arrêté pour regarder au loin… à quoi pouvais-tu bien penser ? Et je t’ai pris dans mes bras.

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Mais ce lieu n’existe pas pour nous, n’est-ce pas ? Chez nous, il y avait des cannes à sucre, des capucines, des cailles sauvages, de l’herbe, des papillons et les nuages prenaient toutes les formes du monde. J’aimais leur en trouver, même si je ne vois plus ces animaux étranges, ces rencontres autour du feu et ces courses-poursuites, à présent. Je déteste parfois le temps, tu sais? Ou alors… je ne sais même pas vraiment. Ce tourbillon dans lequel on entre, pour ne plus ressortir, peut-être.

Je me bats pourtant constamment contre le courant, je cherche à en sortir et je me débats. Je veux retrouver tout ce que j’ai laissé de côté en y entrant. Ces prairies, le vent des tempêtes et les cerfs-volants en sachets accrochés à des ficelles à rôtis, les imperméables et les savates sous la pluie quand on va voir un ruisseau qui ne coule que ponctuellement, si la route d’un cyclone l’amène près d’ici… le son des cuillères sur le métal et du crépitement d’un feu de bois… une vieille porte qui s’ouvre avec peine.

Et j’ai dans l’âme, au fond de l’âme,
Des ciels immenses et un immense amour.
Et puis encore, encore de amour, de amour pour toi.
Des fleuves bleus, des collines et des prairies;
Où se promènent doucement mes mélancolies.
L’univers trouve place en moi;
Mais le courage de vivre, n’y est pas encore.

I Giardini di Marzo, interprété (en italien) par Lucio Battisti, paroles de Mogol.

Et je rêve. Pourquoi, maintenant ? … cette fois, je savais que c’était un rêve. J’ai tout fait pour me rendormir, je ne voulais pas bouger, pas voir de lumière. Je me suis rendormie, mais l’alarme m’a définitivement arrachée à mon songe.

Il pleuvait aujourd’hui. En sortant, je suis passée par un petit chemin familier. Comme si tout ça était naturel, comme si ça n’avait jamais changé. En passant, j’ai entendu les enfants se plaindre de la fin des vacances. Ce ne sont pas les mêmes, pourtant comme tous les enfants, ils ont ces même plaintes, celles que j’avais aussi avant.

Tu sais, je ne veux pas t’oublier, mais c’est aussi comme si je ne voulais pas oublier la douleur, n’est-ce pas?

« Deux choix se présentent à toi […]. Tu peux rester suspendu comme ça jusqu’à ce que tu sois vieux, en sachant que tu pourrais faire de grandes choses […] si seulement tu n’avais pas un pied déformé. Ou tu peux te libérer de ton excuse. »

Le Boucanier du Roi, Raymond E. Feist.

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Je sais que je dois me libérer de ces deuils que je porte à l’intérieur. Mais, ils me bousculent. Les autres… Ils ne comprennent pas, tu sais? Est-ce qu’ils savent que je me dis déjà tout ça? Est-ce que j’étais comme ça, moi aussi, avant? C’est si facile pour eux de dire « Tu crois que les autres font comment?« , « Il faut avancer dans la vie. », « Tu vas passer ta vie à rester accrochée au passé? », « Je crois que tu devrais consulter, maintenant…« . Est-ce que c’est ce qu’ils attendraient des autres, s’ils étaient dans la même situation?

 Je n’ai pas de réponse à leur donner, je ne sais pas comment on fait; et pourtant, j’ai cette impression irrépressible que c’est en moi que je trouverai la réponse, que je trouverai le moyen. C’est aussi pour ça que je t’écris.

Je n’arrive parfois même plus à comprendre si c’est de la peine, ou si c’est le simple fait de voir chaque jour passer, les chiffres qui dansent sur le calendrier, sans qu’on s’en rende vraiment compte, sans qu’on sache où on va. Certains jours, on a juste envie que la journée se termine, d’autres c’est le contraire. La seule chose que tout ça me fait réellement comprendre, c’est que le temps passe et que tout ce à quoi j’avais rêvé pour aujourd’hui s’est volatilisé.

« Vous mes amis le soleil vous inonde,
Vous dites que je sortirai de l’ombre,
J’aimerais bien vous croire, oui, mais mon cœur y renonce,
Ma question reste toujours sans réponse.

Qui saura?
Qui saura?
Qui saura?
Qui saura me faire vivre d’autres joies? »

Qui saura, interprété par Mike Brant.

Je peux leur répondre, grâce à ces chansons, jusqu’à ce que je trouve la réponse, la vraie… la clé. Je finirai par la trouver.

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