Le 6 décembre.

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Le 6 Décembre, Bonne fête Père-Noel.

C’était le jour de la Saint-Nicolas. Dehors, il pleuvait des cordes et pourtant… Pourtant, un peu plus tôt ce jour là, Nicolas avait fait un vœu, voyant le ciel gris et bas par les carreaux de la fenêtre de la bibliothèque, il avait émis le souhait que la pluie ne tombe pas lorsque la sonnerie se ferait entendre dans les allées de l’école toute proche. Il voyait ces enfants sortir tous les jours, mais aujourd’hui il s’était laissé surprendre par cette pensée. Qu’il ne pleuve pas à l’heure de la sortie.

Est-ce qu’il se laissait lui aussi emporter par toutes ces histoires de miracles saisoniers, de neige qui s’invite à la fête et de bons sentiments? Pendant les heures creuses de la journée, Linda, sa collègue regardait des films où tout finit toujours bien, où tout est magique et où tout le monde finit toujours par s’entendre… qui sait, qu’ils se l’avouent ou pas, et plus rarement encore, qu’ils l’avouent tout haut ou pas… tout le monde aimerait peut-être croire en cette magie, n’est-ce pas?

Quelle fut son désappointement lorsque pile à l’heure de la sortie des cours, un flot de larmes tombait du ciel. Il se demanda ce qu’il était censé comprendre par ce spectacle décevant. “Une simple coïncidence, uh ?” demanda-t-il dans un soupir, il avait envie de rire de s’être laissé prendre par cet attrape-nigaud, lui aussi. Pfft, la Magie des fêtes… uh!

Il ne s’était même pas vraiment rendu compte qu’il avait exprimé sa pensée tout haut. Il croisa le regard interloqué de sa collègue mais baissa à nouveau le nez vers la pile de livres qu’il avait à réceptionner et à préparer pour la mise en rayon. Pour une raison ou pour une autre, il y en avait beaucoup, cette fin d’année. Dont de nombreux livres pour enfants. C’était logique, quelque part. C’était aussi la période où tout le monde est un peu plus ouvert à l’autre, et dans cette bibliothèque qui fonctionnait essentiellement grâce aux dons, c’était la Période des entrées. Parfois il en arrivait des cartons pleins. Ce n’était pas le cas, aujourd’hui, mais il y avait quelques ouvrages plus ou moins récents qui avaient fini leur route ici, sur ce bureau. La vie trépidante d’une petite pépinière d’associations…

Bien que la plupart préféraient rentrer directement chez eux, certains enfants s’engouffrent parfois dans la bibliothèque, comme un refuge après la journée, qui à leurs yeux semblait toujours trop longue. Aujourd’hui, vu le temps, ils furent plus nombreux encore à y entrer.

On voyait de tout, ici, des collégiens qui se retrouvaient en semaine après les heures de cours ou le mercredi et samedi après midi pour travailler sur leurs exposés, des enfants qui savaient à peine marcher que leurs parents emmenaient on ne savait pas vraiment pourquoi, à part se risquer à déchirer les pages… des adolescents qui passaient leur temps à écrire des SMS, croyant leur téléphone portable “bien caché” dans leur sacs à dos posés sur la table… des jeunes qui dessinaient sur le coin d’une table alors que les autres discutaient…

Nicolas voyait aussi des enfants seuls, occupés à diverses choses ou simplement à rêver. C’est vrai que la bibliothèque avait cette ambiance spéciale, qu’on ne retrouvait nulle part ailleurs, un peu comme celle d’une église ou de la salle d’attente d’un dentiste même parfois. Pour lui, c’était un endroit qu’il avait appris à apprécier très jeune. Il faisait partie de ces personnes assises à rêver en tournant distraitement les pages d’un livre illustré. Voilà ce qu’il aimait dans cet endroit. Rêver.

Bonne fête, Père-Noël!

Il s’était laissé absorber par les gouttes de pluie qui tombaient derrière les carreaux, l’esprit visiblement vide, mais qui saurait dire à quoi il pensait vraiment. Il regarda sa collègue qui lui avait enfilé un bonnet sur la tête, le pompon lui rebondissant sur les lunettes, l’empêchant heureusement d’atteindre son œil.

Comment ça, je suis le “Père-Noël”, maintenant ?

Oh, tu peux me dire si tu préfères être un lutin, mais je pensais que vu que tu t’appelles Nicolas et vu le jour qu’on est… ça t’irait pas mal ? J’ai pensé que ça plairait aux enfants un peu de déco, il y en a partout en ce moment.

C’est vrai. Mais je ne suis pas sûr d’aimer ce nouveau surnom.

Une grimace de dépit déforma le visage de Linda qui ne tarda pas à retrouver un sourire pour traiter un emprunt. Alors que Nicolas se remettait lui aussi au travail en rejetant le pompon à l’arrière de son crâne sans vraiment y faire attention. Couvrir, numéroter, insérer le code, l’entrer et le vérifier dans l’ordinateur… enfin, le mettre sur le chariot pour le ranger plus tard. Alors qu’il ne restait qu’un seul livre dans la pile, le titre attira son attention, rien de bien étonnant, il portait son nom. C’était une histoire de Saint-Nicolas. Il décida de le lire, tout en parcourant les rayons pour placer les nouveautés. Il en fit vite le tour, mais il finit par s’arrêter, tournant la tête de droite à gauche. Il ne comprenait pas. Non, il ne comprenait pas comment on pouvait faire lire de telles choses à des enfants. Il pensait que ces légendes étaient bien moins glauques… qui veut lire ça à quelques semaines des fêtes ? Le scénario était digne d’un film d’horreur… à un détail près… il y avait cette sorte de tournant magique et miraculeux. Médusé, il ne se résigna pas à poser ce livre à son emplacement prévu. Il décida de le garder, au moins quelques jours, se dit-il.

Le jour commençait sérieusement à baisser et les lumières de la ville illuminaient la rue lorsqu’il sortit. Mais lorsqu’il passa le pas de la porte, son pied glissa et en moins de temps qu’il fallait pour dire « ouf », il était étalé par terre et gémissait en se frottant la tête…

« Oh, vous allez bien… Père-Noël ? »

Il avait oublié ce fichu bonnet… et voilà qu’il s’exposait à se faire appeler comme ça jusqu’à la fin de l’année. Il se releva et rassura la fille emmitouflée qui venait de prendre de ses nouvelles avant de retirer le bonnet et de repartir, cachant de son mieux la douleur lancinante qu’il avait à plusieurs endroits… jusqu’à ce qu’il arrive dans sa voiture, où il pu enfin se laisser aller à ronchonner.

« Bonne fête, Nicolas » se souhaita-t-il à lui même… est-ce que ces mots étaient censé transformer des jours banals- qui se suivaient sans qu’on puisse changer quoi que se soit à nos habitudes – en vrais jours de fête ?

~☆~

Suivant: Le 7 décembre.

~☆~

Bonjour à toutes et à tous,

ça fait des années* que j’avais envie de faire ce genre d’histoire courte pour la période des fêtes… mais je n’ai pas trouvé les mots. Cette années, j’ai pris le renne par les bois et j’ai décidé d’écrire. Je n’ai pas préparé et je l’ai écrit aujourd’hui même. Mais parfois il suffit juste de commencer… qui sait où nous conduira l’histoire. Elle peut changer aussi vite que la vie elle même tant qu’elle n’est pas entièrement écrite. Je n’ai pas de plan établi pour celle-ci, trop longtemps j’ai remis à l’année d’après en pensant que je n’avais pas assez travaillé et que mes idées ne me venaient pas comme je l’avais imaginé.

J’espère pouvoir en faire quelque chose, cette fois. Mais, « Il n’y a pas d’échec, juste la preuve qu’on a essayé », parait-il.

Merci d’avoir lu et j’espère vous retrouver pour la suite bientôt.

*(depuis 2008 ou 2009, je crois)

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